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Le monde évolue de manière inquiétante, ce qui installe un pessimisme grandissant sur l’avenir de l’humanité, comme si nous étions impuissant à changer une trajectoire qui va droit dans un mur.
Il est plutôt consensuel de vouloir le bien-être de chacun, le respect de soi et des autres, et la paix dans le monde. La manière d’y parvenir l’est beaucoup moins. Nous rencontrons de nombreux points de vue proposant une nouvelle vision de la vie et de la nature humaine, souvent intéressants, mais que nous reste-t-il quand le temps passe et que nous rencontrons d’autres idées, différentes, qui nous semblent également éclairantes ? Y a-t-il des liens entre elles de manière à faire émerger une représentation cohérence de notre réalité dans le monde vivant ?
Dans mon parcours de recherche personnelle, depuis une trentaine d’années, quatre découvertes marquantes m’ont apporté une véritable ouverture vers de nouveaux potentiels, un saut durable entre un avant et un après dans lequel elles se sont durablement intégrées.
Ce sont, dans l’ordre où elles me sont apparues :
– Le champ d’information,
– La systémique,
– L’ennéagramme,
– La spirale dynamique.
Ces bases de connaissance s’intègrent avec fluidité dans un ensemble cohérent, propice au sentiment d’appartenance au monde vivant tout en développant sa propre singularité, à la tolérance de la différence, et à la coopération entre les êtres qui favorise la paix.
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1. LE CHAMP D’INFORMATION
Le principe d’un monde invisible est aussi vieux que les traditions humaines. Il repose sur une connaissance intuitive ou révélée d’une dimension céleste qui gouverne les manifestations terrestres et explique ses mystères.
Une découverte scientifique…
Le concept de champ d’information décrit la même réalité, dans une démarche scientifique qui part de l’observation, et cherche une explication rationnelle aux faits constatés. Il est apparu avec David Bohm, physicien renommé, qui a postulé l’existence d’un ordre implicite et invisible, présent dans le vide quantique, depuis lequel il sous-tend la réalité que nous observons.
Rupert Sheldrake et Erwin Laszlo ont apporté des descriptions détaillées de la nature de ce champ, avec trois caractéristiques majeures :
– Il contient toute la mémoire de l’univers organisée tel un hologramme, c’est-à-dire que tout y est organisé comme un système cohérent dans lequel chaque partie est indissociable du tout. Cela est très différent d’une bibliothèque, même très bien rangée !
– Il interagit avec le monde matériel que nous pouvons observer, et dont nous ne comprenons pas certains mystères. On ne peut pas le connaître directement, seulement par ses manifestations.
– L’interaction entre le champ d’information et le monde manifesté est circulaire, c’est-à-dire à double sens. Le principe de résonance morphique décrit par Sheldrake crée une rupture avec les traditions spirituelles. Il n’y a plus un point fixe de départ (Dieu) qui définit la création. Il y a une interaction permanente entre l’invisible et le visible, qui co-créent la manifestation.
Ainsi, l’avenir n’est ni prédestiné, ni hasardeux. Il est en grande partie prévisible puisque la manifestation repose sur la continuité de la mémoire de ce que qui a été. Le pouvoir co-créateur des êtres vivants est limité par la force de la mémoire qui aligne le présent sur le socle du passé, tout en étant bien réel.
… négligée par le consensus matérialiste
Un ordre implicite porté par le champ d’information ne s’oppose pas à ce qui a déjà été démontré par la science au niveau de la matière. Il aurait ainsi pu être avantageusement intégré par la communauté scientifique, mais au prix de remises en cause trop grandes pour être acceptées, notamment l’invalidation des certaines bases de la mécanique quantique. Cela montre la limite d’une démarche matérialiste condamnée à rester impuissante face à de nombreux mystères, qu’elle nie ou évite de considérer.
Similitude et différences avec le concept spiritualiste
Le retour d’une certaine forme de spiritualité, en reconnaissant une intelligence invisible, diffère des traditions spirituelles par le fait que l’ordre implicite est dénué d’intention et ne prédétermine pas le devenir de la vie. Si on choisit de l’appeler Dieu, alors Dieu ne veut rien, il est juste un ensemble de lois qui permet au monde manifesté d’être ce qu’il est, et d’évoluer en même temps que lui.
Cette spiritualité résolument laïque se place alors au-delà de toutes les traditions qui ne sont que des adaptations spatiotemporelles donnant un sens à la vie en intégrant sa dimension cachée. Elle différencie le fond (l’existence d’un ordre implicite), des formes (traditions), et ne prend jamais une forme pour le fond.
Une explication rationnelle de nombreux mystères
L’existence d’un champ d’information porteur de toute la mémoire de l’univers permet de comprendre avec un mécanisme logique de nombreux phénomènes mystérieux : l’incroyable potentiel de l’instinct animal, l’intuition, l’existence d’un inconscient collectif, la psychogénéalogie, l’existence de mémoires anciennes (qui peuvent être ou non des vies antérieures), la médiumnité…
La compréhension rationnelle du rôle du champ d’information dans la manifestation du monde n’est pas immédiate. Elle demande de renoncer au postulat matérialiste et au causalisme qui cherche à comprendre les phénomènes par des liens linéaires de cause à effet. Pour cela, la systémique est un complément idéal.
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2. LA SYSTÉMIQUE
La théorie des systèmes formulée par Ludwig Von Bertalanfy synthétise un faisceau d’avancées conceptuelles qui considère les phénomènes non plus comme des mécaniques sophistiquées, mais comme des auto-organisations complexes suivant un modèle qui lui donne spontanément sa forme et sa fonction.
Des approches scientifiques convergentes
La théorie du chaos et les structures dissipatives (Ilya Prigogine) ont proposé des modèles particulièrement pertinents pour comprendre les systèmes complexes que sont les êtres vivants.
Ils ne sont plus considérés comme des machines qui se maîtrisent par la connaissance de tous leurs composants, mais comme des entités globales auto-organisées pour se maintenir, et dont chaque partie est indissociable d’un tout dont la trame est présente dans chacune d’elles.
Ils ne sont pas définis par leurs composants, car ceux-ci se renouvellent sans cesse, ce qui leur permet de s’auto-réparer et de faire évoluer leur structure.
Ils n’oscillent pas autour d’un point d’équilibre qui serait la santé idéale : ils maintiennent une stabilité loin de l’équilibre, ce qui les oblige à être toujours en mouvement et savoir s’adapter ou évoluer.
Ils n’évoluent pas sur une ligne progressive, ils progressent par des sauts qui correspondent à des changements de modèle d’organisation.
Une approche résolument holistique et non spirituelle
Appliquée à la nature humaine et à la santé, une conception systémique permet d’observer ce qui se passe par la globalité avant le détail, les détails étant remis à leur juste place dans l’ensemble.
L’expression « le tout est davantage que la somme de ses parties » est communément admise. En revanche, l’approche systémique dont elle est issue est rarement intégrée, car cela demande un changement profond de fonctionnement mental qui renonce à la pensée linéaire (enchaînement de cause et d’effet) pour entrer dans un mode de pensée non linéaire (auto-organisation des structures et des phénomènes qui dépend du contexte).
Le facteur manquant de la systémique
L’auto-organisation qui est le postulat fondamental de la systémique nécessite des modèles, dont la nature n’est pas précisée dans la théorie des systèmes.
Le contenu du champ d’information, que l’on peut assimiler à des archétypes, et dont le fonctionnement est lui aussi non linéaire (holographique) correspond tout à fait à ces modèles inconnaissables directement et dont on ne peut observer que les manifestations.
L’association d’un champ d’information contenant des modèles archétypaux construit sur la mémoire et l’auto-organisation des formes (structures et comportements) dans le monde de la matière, dans un ensemble dynamisé par une énergie non matérielle dont la source est indépendante, est le socle de La Dynamique Triangulaire de la Vie [1,2].
Comment articuler le tout et les parties ?
La systémique nous permet de mieux de comprendre le tout, et si celui-ci n’est la somme de ses parties, la connaissance de celles-ci reste précieuse, il est parfois utile d’agir sur les parties, et cela peut se faire sans les dissocier du tout. La science est une mine gigantesque pour connaître le fonctionnement détaillé des organismes vivants, avec une limite récurrente : vouloir uniformiser les mécanismes de fonctionnement en négligeant les spécificités liées aux différences individuelles de modèles d’auto-organisation. On retrouve cela en santé, avec la non prise en compte de la notion de terrain biologique par la médecine, et aussi en psychologie. Dans le domaine de la santé, les médecines traditionnelles et la naturopathie ont bien intégré cette notion de terrain. Dans le domaine psychologique, l’Ennéagramme apporte de ce point de vue ce qui manque aux approches habituelles.
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3. L’ENNÉAGRAMME
Cette source de connaissance, d’origine traditionnelle, et dont le domaine est bien plus limité que les deux précédentes, concerne la psychologie.
La personnalité, constat de la différence entre les individus
La psychologie classique, s’appuyant sur divers courants et sur les neurosciences, cherche à décrire des fonctionnements généraux et observe que les modes de fonctionnement diffèrent selon les individus. Cela a conduit à la notion de personnalité, avec divers modèles tentant de décrire les grandes tendances (MBTI, Big Five, etc.)
Ces modèles sont avant tout descriptifs des comportements observés. Ils ne disent rien des mécanismes profonds qui font des différences majeures de perception de la réalité entre les personnalités, du fait desquelles il est impossible de se comprendre spontanément les uns les autres lorsque nous avons des modèles différents.
Le joyau négligé de la psychologie
Les modèles fonctionnement de la personnalité décrits par l’Ennéagramme [3], à partir de 9 bases qui se combinent entre elles pour donner une configuration complexe, offrent une compréhension sans équivalent de nos comportements automatiques, de nos facultés naturelles, et de nos difficultés inévitables.
La psychologie classique dispose de nombreux outils thérapeutiques qui sont plus ou moins performants selon les sujets, car ils ne prennent pas en compte la spécificité individuelle de fonctionnement. La psychologie avec Ennéagramme est ainsi beaucoup plus précise en identifiant les mécanismes inconscients qui créent les difficultés et en proposant des solutions adaptées à ce fonctionnement. Elle aide aussi à comprendre et accepter les différences qui conduisent à des conflits insurmontables.
L’Ennéagramme n’est pas pris en compte par la psychologie universitaire, parce que son origine est traditionnelle, et que sa complexité ne permet pas de l’étudier avec les outils habituels. Notamment, il est à ce jour impossible de déterminer avec certitude une configuration Ennéagramme par des tests, c’est la personne concernée qui doit se reconnaître dans un modèle, et ressentir qu’il contient bien la source de son potentiel et de ses difficultés.
Un lien évident avec la systémique et le champ d’information
Une personnalité selon l’Ennéagramme est une auto-organisation qui entre parfaitement dans une approche systémique. Le fait qu’il n’y ait que 9 bases, et que chaque individu se construit forcément sur l’une d’elles, se comprend par la nature archétypale des modèles disponibles dans le champ d’information. Il n’y en a que neuf, une personnalité qui s’auto-organise doit donc obligatoirement reposer sur l’un de cas 9 modèles, avant de se complexifier et se personnaliser.
Lorsque l’on intègre qu’il y a de profondes différences dans la construction des personnalités, nous ne pouvons plus juger les comportements d’un autre construit sur un modèle différent, puisque ce que nous pensons comprendre avec notre modèle n’est pas la réalité de l’autre. C’est un pas de géant vers la tolérance de la différence et l’apaisement des conflits.
Un modèle incomplet pour comprendre la diversité humaine et les similitudes qui soudent un collectif
L’Ennéagramme décrit des modèles de fonctionnement fondés sur les croyances inconscientes qui éclairent les fonctionnements individuels et les difficultés relationnelles. Il ne donne cependant pas de clefs sur ce qui réunit les êtres différents pour mieux vivre ensemble et sur l’évolution générale de l’humanité. La notion de valeurs inconscientes, qui motivent nos actions et la direction que nous souhaitons donner à notre vie, est alors essentielle. Et la Spirale Dynamique est pour cela un modèle magistral !
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4. LA SPIRALE DYNAMIQUE
Cette autre source concerne aussi la psychologie. Elle apporte un autre éclairage que l’ennéagramme sur les différences qui peuvent nous séparer.
L’œuvre gigantesque d’un seul homme
La recherche de Clare Graves sur la maturité psychologique, menée aux USA dans les années 1950, auprès de ses étudiants de la faculté de psychologie, a conduit un modèle évolutif des valeurs qui portent cette maturité. Il parle de niveaux d’existence, reposant sur des valeurs inconscientes qui sont le moteur de nos motivations.
Ce modèle, qui a été nommé plus tard Spirale Dynamique [4] , est édifiant !
Il décrit, avec une pertinence explicative, les différents stades par lesquels passent les communautés humaines, quelles que soient leur culture et leur origine géographique. Et ces stades correspondent à des modes de vie et organisations sociétales bien connus dans l’histoire de l’humanité.
Le modèle explique aussi comment la cohabitation actuelle, dans le monde et aussi dans les pays, de plusieurs niveaux différents, crée de multiples incompréhensions et une difficulté à trouver une gouvernance commune.
Ces stades ont également une correspondance, dans le même ordre, au niveau personnel dans notre développement depuis la petite enfance, ce qui donne à ce modèle une dimension plus vaste.
Des différences qui expliquent certaines incompréhensions
Graves a observé que tous les individus, ainsi que la dominance des communautés humaines passent systématiquement, plus ou moins rapidement, par tous les niveaux qu’il a identifiés.
Un niveau peut ainsi comprendre tous ceux qui lui sont antérieurs, qui cependant ont tendance à l’agacer. En revanche, il ne comprend pas un niveau ultérieur qui peut l’interpeller ou l’inquiéter (en considérant notamment que la personne dérive par manque de raison).
Cela nous éclaire beaucoup sur les difficultés actuelles de cohabitation, dans une même société, dans une famille, une entreprise ou un couple, de personnes de niveaux différents.
Un modèle évolutif qui donne de l’espoir
Le modèle évolutif de la Spirale Dynamique, grâce à quelques sujets précurseurs inclus dans la recherche de Graves, décrit qu’après le règne des idéologies (religion, communisme ou autre) et des restrictions de liberté qu’elles s’imposent, puis celui de la jouissance immédiate de la vie qui ne respecte plus grand-chose au nom de la liberté, arrive un autre niveau, dans lequel la relation devient essentielle avec le développement d’un haut niveau de tolérance de ce qui nous est différent. Puis arrive ensuite, dans la continuité de ce respect des autres, un pragmatisme systémique qui permet à la fois d’être efficace localement tout en pensant globalement.
En cela, la Spirale Dynamique rejoint la systémique comme horizon évolutif vers un monde coopératif et conscient de l’unité de tout ce qui vit.
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5. COMMENT CES QUATRE MODÈLES CHANGENT LA VISION DU MONDE
Classiquement, les visions du monde qui définissent notre paradigme personnel de compréhension des choses sont matérialistes (avenir complètement ouvert, déterminisme du hasard et de nos actions) ou spiritualistes (avenir pré-dessiné par un destin et nécessité de suivre le chemin qui nous est proposé pour nous épanouir). D’un côté la matière précède l’esprit qui en est une émanation, de l’autre l’esprit précède la matière qui est une manifestation.
Dans les deux cas, le causalisme est linéaire et la connaissance des causes qui nous gouvernent guide notre épanouissement personnel. L’épanouissement collectif est la conséquence de tous les épanouissements personnels, ce qui nous fait tendre vers l’individualisme, la défense de notre vérité, et la difficulté à faire passer le collectif avant l’individuel pour pouvoir coopérer.
Peut-on envisager une autre vision pour sortir de cette dualité ? Sur quelles bases actuellement non considérées à leur juste valeur peut-on s’appuyer ?
– Le champ d’information et la systémique (dynamique triangulaire de la vie) modélisent une réalité non linéaire dans laquelle la nouveauté se construit par ce qui émerge des interactions avec ce qui nous entoure.
– La conscience des différences fondamentales de personnalité (Ennéagramme) nous éclaire sur notre potentiel et nos limites, et libère du jugement sur les autres, ce qui invite à coopérer plutôt que juger et s’opposer.
– L’évolution des valeurs qui oriente le modèle sociétal (Spirale Dynamique) montre que la voie d’épanouissement de l’humanité vers la paix demande avant tout de renoncer à l’idée de vérité, pour tolérer tous les points de vue.
Ces bases dessinent un nouveau paradigme, systémique, dans lequel il n’y a pas de hiérarchie entre l’esprit et la matière, tout en intégrant les deux. L’avenir n’est plus prévisible par enchaînement des causes et des effets, il se trace sur un socle de mémoires qui projette un avenir prévisible dans lequel le comportement collectif des êtres vivants fait émerger des évolutions imprévisibles. Il amplifie la conscience collective et invite à la coopération. Il ne dissocie pas le bien-être personnel de celui de la communauté vivante à laquelle nous appartenons. Il donne à l’amour une autre dimension : appartenir à la communauté de la vie et se relier aux êtres vivants vers qui va notre affinité pour œuvrer ensemble à l’épanouissement de l’ensemble.
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Le paradigme systémique [5] (incluant le champ d’information), l’Ennéagramme et la Spirale Dynamique apportent-ils une réponse au pessimisme et au sentiment d’être démuni face à la situation du monde ? Dans mon expérience personnelle, cela a été le cas. C’est aussi ce qui m’a permis de développer un accompagnement thérapeutique ouvert à la différence de chacun et ambitieux sur les opportunités évolutives. J’ai aussi constaté par mes formations à quel point ces modèles étaient éclairants pour d’autres personnes et pouvaient impacter positivement leur vie. Ils mettent un concept clarifié à un ressenti de la vie qui est déjà présent et n’a pas encore trouvé l’alignement pour se déployer. Et il est une réponse à tous ceux qui pensent que ni le matérialisme, ni un retour au spiritualisme déterministe ne sont une réponse à l’épanouissement futur de l’humanité.
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RÉFÉRENCES
1. Articles
Une autre science de la vie : résumé de la DTV
Le paradigme systémique, pour sortir de la crise de l’humanité sur des bases réellement nouvelles
2. Jacques B. Boislève : La Dynamique Triangulaire de la Vie – Holosys Éditions
Le livre détaille notamment le champ d’information et la systémique
3. Dossier : Ennéagramme sur psycho-sante.fr
4. Dossier : Spirale Dynamique sur psycho-sante.fr
5. Article : Le paradigme systémique
