charles Darwin - De l'origine d'une théorie

Le principe de l’évolution des espèces vivantes est une avancée majeure de la connaissance humaine. Sa corrélation avec la réalité et ses multiples éclairages ont fait reculer le poids des religions occidentales qui ne reposaient que sur un dogme. Mais comme les révolutionnaires qui deviennent dictateurs une fois au pouvoir, les évolutionnistes représentant le courant officiel sont souvent devenus dogmatiques, figés sur leurs bases fondatrices, empêchant toute transformation véritable de leur théorie, dont la science de l’évolution aurait bien besoin.

Au moment des célébrations du bicentenaire de la naissance de Darwin, les biologistes invités dans les médias ne parlent que de la théorie néo-darwinienne de l’évolution, alors que celle-ci est mise à défaut depuis longtemps. Hors de cette doctrine dominante, seuls sont cités les créationnistes et les partisans de l’Intelligent Design, fortement influents aux Etats-Unis. Il est en effet facile de critiquer et de condamner cette approche, dont les liens avec un intégrisme religieux sont évidents, et dont le fondement est une négation du principe même de l’évolution, qui s’efface sous le déterminisme divin.

Darwin n’a pas inventé l’idée d’évolution, les naturalistes français du XVIIIe siècle, dont Lamarck, l’avaient fait avant lui. Son génie a été de décrire un mécanisme qui se vérifie très bien sur des observations concrètes : les individus varient, et l’environnement sélectionne les plus aptes à se maintenir. C’est la sélection naturelle. À son époque, Darwin pensait comme Lamarck que certains caractères acquis peuvent se transmettre.
Plus tard, la découverte de Nussbaum (les cellules germinales sont séparées dès les premiers stades du développement embryonnaire et isolée du devenir de l’individu), l’expérience de Weismann (en coupant la queue de rats sur des générations sans que les descendants acquièrent ce caractère), et la génétique montrant la transmission fidèle de l’information sauf erreur par mutation, ont enterré toute possibilité de transmission de l’acquis. Cette variation uniquement due au hasard et indépendante de ce que vivent les individus au cours de leur existence est le principe majeur du néodarwinisme.
Puis, la découverte de l’ADN a enfoncé bien profond le dernier clou de cette doctrine en instaurant la primauté de l’ADN comme fondement de la biologie moléculaire. L’ADN est désormais considéré comme la seule source d’information du vivant qui s’exprime à sens unique pour déterminer les caractères. Il n’y a alors qu’une possibilité de variation, la mutation au hasard. La sélection naturelle fait le reste. C’est ainsi que s’est mise ne place l’ère de la toute puissance de l’ADN et de la génétique.

Le problème, c’est que l’expérience de Weismann ne prouve pas grand chose, que la primauté de l’ADN et le sens unique de l’information est une hypothèse et non une loi démontrée. Or, il y a de nombreuses situations dans lesquelles la théorise néo-darwinienne est mise à défaut (1). Ajoutons à cela la démonstration de transmission de certains caractères acquis et de l’influence de l’environnement sur la survenue de certaines mutations, la modification possible de l’ADN par effet retour (transcriptase reverse) et plus globalement l’interaction du génome avec des informations externes venues de son milieu (épigénétique), et nous voyons bien qu’il y a un vrai problème…
Un grand nombre de chercheurs respectables (Cuénot, Piaget et bien d’autres) ont émis clairement leurs réserves sur le néodarwinisme, mais on les a oubliés ! Le dogme ne souhaite pas se remettre en cause et tient bon. Pour cela, il a une arme absolue, l’omnipotence explicative du principe de variation/sélection dès lors qu’on y met le facteur temps. Sur des millions d’années, tout est possible. On ne peut pas le prouver, mais on ne peut pas non plus prouver le contraire. Et comme tout autre hypothèse est d’emblée rejetée, l’usage a fini par transformer le dogme en loi.
En philosophie des sciences, cela s’appelle une hypothèse non réfutable. Selon Popper, référence respectée en ce domaine, un théorise non réfutable n’est pas une théorie scientifique. Si on franchit ce pas, c’est en érigeant une croyance en dogme, comme le fait une religion. Ce critère est appliqué pour rejeter de nombreuses approches innovantes, mais pas pour le néo-darwinisme, qui s’affiche aujourd’hui comme LA théorie scientifique de l’évolution.

Les chercheurs ouverts disent que le mécanisme variation/sélection est évident pour expliquer certaines observations, mais qu’il est très insuffisant face à d’autres. Sa généralisation comme loi principale de l’évolution est donc une erreur. Une erreur lourde de conséquence puisqu’en occupant une place qu’elle ne veut plus remettre en cause, elle bloque toute avancée significative de la connaissance, alors que de nombreuses données nouvelles sont aujourd’hui disponibles pour envisager autrement l’évolution, sans le hasard aveugle et sans non plus le déterminisme divin.

Une autre conséquence de cette théorie qui est le socle du matérialisme occidental (fondé sur un dogme et qui est donc à sa manière une religion), est d’enlever tout sens à la vie. Cela conduit progressivement, on le voit, au désenchantement de l’humanité. La conception de la vie transmise par les médias et les écoles repose sur le fait que nous sommes le résultat d’un pur hasard. Et tout ce que nous faisons de nos vies ne sert à rien, à moins de le graver dans le marbre ou entrer dans les livres histoires. On comprend mieux comment nous en sommes arrivés à ce monde, notamment cette obsession des hommes qui se croient importants de laisser une trace pour les historiens !

En matière de santé, les conséquences sont tout aussi dramatiques. Puisque seule compte l’information de l’ADN et la malchance de rencontrer des facteurs environnementaux défavorables, toute la recherche médicale et les soins proposés visent à agir sur le génome, à corriger les effets néfastes sur l’organisme par des thérapies anti-symptomatiques (comme on répare une machine) et à tenter de contrôler l’environnement.
Il n’est donc pas surprenant que le plus gros problème actuel de la médecine soit son manque d’humanité. Et de ce fait, le sentiment qu’elle est à côté de la vraie nature de la vie se répand de plus en plus, mettant le doute sur l’institution médicale.

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(1) Jean Staune : Notre existence a-t-elle un sens ? Presses de la renaissance, 2007

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1 Commentaire

  1. Merci d’avoir réussi à si bien synthétiser la question du darwinisme qui encrypte la pensée, l’entraîne dans son désastre et sa fossilisation, et merci de votre juste vue sur le manque d’humanité de la médecine qui, ce faisant, déshumanise les êtres – malades ou non – pour les transformer en « objets économiques », ce qui, par défaut de sens et de « supplément d’âme », pousse au désespoir et à l’isolement.

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